L'homme de la légion - Battaglia (1977 it, 2010 fr)

Publié le par Paul B.

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L'homme de la légion (1977, italien) - Battaglia ; publié en 2010 par Mosquito.

Après Les crimes de la Tamise (inspecteur Coke), puis Le Golem (récits fantastiques), je poursuis la découverte de Battaglia avec l'homme de la légion. C'est le premier album long, et non constitué des nouvelles, que je prends de l'auteur. Dans "les crimes etc", la claque était avant tout graphique, dans le Golem, elle s'accompagnait d'une maîtrise quasi littéraire du scénario. Les histoires étaient cependant tirées de grands classiques du fantastique. Ici, j'ai été confronté à Battaglia, scénariste ; mais aussi aux couleurs. Et paf, deux nouvelles claques :)

L'histoire tout d'abord. Son extrême classicisme (littéraire façon roman du 19ème siècle) peut, je le reconnais, rebuter : le scénario accompagne une troupe de légionnaire en Algérie dans les années 20, en se focalisant sur la relation conflictuelle entre un simple légionnaire et son capitaine, relation qui repose sur un souvenir dramatique de la première guerre mondiale. On ne peut pas dire que les personnages soient très sympathiques. Il faut s'habituer à cette manière de raconter, qui ne manque pas en fait d'une certaine élégance. Battaglia, qui compose ses cases comme des tableaux, raconte aussi comme un romancier de la grande époque littéraire (le 19ème siècle). Le découpage est précis et l'histoire progresse de manière fluide, vraisemblable et réaliste.

En réalité, l'originalité s'amorce au cours de l'album, quand progressivement on perçoit une analogie voulue avec les grands westerns : le désert algérien est "analogue" au désert américain, les indiens étant ici remplacés par les rebelles. Le message est peut-être simple : de la même manière que les américains ont spolié de leurs terres les indiens, les français avaient spolié l'algérie. En 1977, sans doute est-ce encore courageux de le sous-entendre clairement, même pour un auteur italien. L'histoire se termine de manière magistrale dans un fort où sont retranchés les légionnaires, l'analogie est ici évidente avec la western. Cette scène finale est d'ailleurs assez incroyable en terme de découpage et de dessin.
Concernant le dessin, justement. Les couleurs (à l'aquarelle non?) sont magnifiques : le désert est rendu par un jeux de couleurs et de lignes qui nous propulsent vraiment dedans. Quelques commentaires supplémentaires dans la suite. 

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=> case de gauche : le personnage est éjecté de sa case + opposition entre le bleu aquarelle des soldats et le réseau de lignes sur la tunique blanche des rebelles. En bas à droite, la fusillade est d'un dynamisme époustouflant.

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=> à noter : la moitié du visage se noit habilement dans le noir, plongeant dans la noirceur le personnage

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  => contraste fort entre les deux cases à droite (debout / assis + couleurs)

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  => en bas : le côté gauche de la case est silencieuse et statique et s'oppose au côté droit avec l'onomatopée et le dynamisme.

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  => alors là, chapeau pour la bataille avec le tourbillon formé par les chevaux.

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 => désolé de vous révéler toute la splendeur de la case finale (calme et défaite en haut / fureur et victoire en bas)

Publié dans monde européen

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