Les crimes de la Tamise - Battaglia (vers 1980)

Publié le par Paul B.

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J'ai découvert l'italien Dino Battaglia (1923-1983) lors d'une excellente exposition à la médiathèque de Nantes autour de la bd en noir et blanc. Curieux de lire une des ses oeuvres, j'ai pris la première qui me passait sous la main : un recueil de nouvelles (les crimes du Phénix, suivi du Le monstre de la Tamise, inachevée). Ces histoires font partie des "enquêtes de l'inspecteur Coke". Je vais vite passer sur l'histoire, qui s'inspire tout droit d'un univers type "sherlock holmes". Tous les poncifs de l'angleterre sont là : brouillards, éléments marins, Lords, campagne. On peut aussi penser à "chapeau melon et bottes de cuir", sans l'humour de la série. Les scénarios des petites histoires sont simples et bien menés, mais je reconnais qu'ils ne bouleversent absolument pas la bande-dessinée. L'histoire est même anedoctique par rapport à l'élément fort donc je veux dire deux mots : le dessin ! Dès les premières pages, l'on sent que l'on a à affaire à un "maître", si vous me permettez l'expression. La claque graphique !  Je mets donc quelques extraits "forts". 


La case d'introduction de l'article noit tous les éléments dans un brouillard nocturne : les éléments sont traités uniformément et les reflets des objets et les objets eux-même sont presque traités pareil. lLeau n'est absolument pas dessinée, il y a uniquement les reflets mouvants des bâteaux et du quai qui l'introduisent, donnant l'impression d'une absence de mouvement. Dans ce calme, proprement mortel, l'oeil découvre un corps inanimé dans la barque : le contraste est immédiat entre ce corps mort ("événement fort"), et la scène immobile qui, l'ayant d'abord dissimulé, le met maintenant en valeur. 


Ci-dessous, les bâtiments se fondent progressivement en un noir pur qui vient se concentrer sur une silhouette plongée dans un blanc pur. Le sol est suggéré par l'ombre horizontalement, assez forte. Les bâtiments forment une "pointe triangulaire" qui amène l'oeil au personnage et le met en tension (le triangle formé est agressif).

 

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Ci-dessous, tout est dans la suggestion : la situation se tend par l'augmentation de contraste, l'attaquant mystérieux est représenté par les onomatopées, qui viennent littéralement frapper les deux femmes dans la case en bas à gauche. De plus, dans cette même case, les onomatopées envahissent tout, mais sont limitées à la case : ce qui entraînement une situation d'enfermement : les deux victimes sont en effet fichues. A noter aussi le rythme graphique des onomatopées, qui se détachent d'abord en petit sur un fond noir, plus blanc, pour un retour au noir dans la case "apogée".

 

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Encore des histoires de meurtres ! - la nuit aspire déjà les prochaines victimes : le chien n'est dessiné que par sa silhouette, et le noir descend sur le coup du pêcheur.

 

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Ci-dessous, le ciel menaçant et gris contraste avec de l'eau très blanche, striée de vaguelettes noires agressives. Cela focalise l'attention sur la mer, d'où va venir le danger.

 

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Publié dans monde européen

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