Le Golem - Dino Battaglia (vers 1970, 2004 fr)

Publié le par Paul B.

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Le Golem, contes et récits fantastiques tome 2, Dino Battaglia.(2004 fr)

Mosquito publie des recueils de récits courts de Battaglia : après Woyzeck, le tome I, ce tome II, publié en 2004, reprend des histoires publiées entre 1969 et 1974. On y trouve notamment, dans le désordre, un "hommage à Lovecraft", le Golem selon J.L.Borges ou Dr Jekyll et Mr Hyde.

Comme dans le crime de la Tamise, on retrouve une construction très littéraire et romanesque de chaque nouvelle. Si cette caractéristique ne m'avait pas encore sauté aux yeux dans le crime de la tamise, elle s'impose pourtant. Et ceci d'autant plus que dans le Golem, les nouvelles sont directement adaptées de récits écrits. L'impression est même étrange puisqu'on semble être devant à du texte en images, ou plus simplement de lire un  vrai roman ; alors que pourtant le texte est souvent minime. Peut-être est-ce que cela vient de la construction des pages et des cases, qui reprend des principes de composition de tableaux, donnant beaucoup plus à lire à l'oeil qu'une case classique conçue pour être survolée en à peine une seconde. Ici, l'enchaînement des cases forment une telle histoire qu'il devient parfois superflu de lire le texte, ou plutôt, qu'on peut reprendre la lecture de l'album en ne regardant que les images. Battaglia adopte quasiment une posture de romancier. Il se livre d'ailleurs à un joli exercice de style en résumant les nouvelles dont il s'inspire pour en tirer une trame narrative simple et adaptée à la bd. L'exercice d'adaptation est remarquablement mené.Parmi les nouvelles, j'ai particulièrement apprécié l'hommage à Lovecraft, synthétisant l'oeuvre de l'auteur (pour avoir lu qqls Lovecraft, c'est tout à fait ca). S'ajoute ici une notable couche d'humour qui rend la nouvelle encore plus intéressante. A noter aussi l'histoire du "pacte" entre la comtesse et le diable, avec un dessin particulièrement spectaculaire.

Est-il besoin d'ailleurs d'insister sur la qualité du dessin ? qui colle parfaitement aux ambiances fantastiques ici. Juste quelques petits commentaires sur certaines cases dans la suite de l'article. Je ne m'arrêterais pas en si bon chemin avec Battaglia puisqu'arrivera prochainement la chronique de 'l'homme de la légion'.

 

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=> Je trouve très forte cette imbrication violente de ces 2 cases (la case en L est rarement utilisée). L'opposition est renforcée par le calme de la case de gauche qui s'oppose à la violence de celle de droite. Le personnage de gauche regarde dans le vide et le personnage de droite regarde vraisemblablement celui de gauche, qui se trouve dans une autre case. Dans les deux cases, même présence du bois. Ainsi un certain nombre de similtudes relient les deux cases (bois, un personnage, calme/violent, regard du golem), cependant elles sont violemment séparées par cette imbrication en L : la tension est nouée et arrive ce qui doit arriver dans la case suivante (ie l'homme à gauche passe par-dessus la balustrade, aidé par le golem qui le pousse).

 

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=> On aurait pu s'attendre au contraste inverse pour cette case. Battaglia choisit de détacher le golem sur fond noir, tout en augmentant le contraste au maximum. Le spectateur est situé dans la foule, directement menacé. Deux mains blanches supplient le golem tout en s'opposant à la charrue qui va leur tomber dessus. On voit uniquement un visage, celui du Golem, dont l'expression est énigmatique (colère ? doute ? ailleurs ?).

 

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=> case très réussie : contraste entre la masse de blanc du miroir, absolument vierge, et le visage de la comtesse. La bulle est placée à l'extrême droite de la case, créant une tension à travers toute la case puisque le personnage qui parle se trouve de l'autre côté. 

 

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=> page de clôture de l'album (qui termine l'hommage à Lovecraft). De la masse de poissons émerge une main suppliante qu'on ne remarque pas du premier coup d'oeil. Comme l'indique le texte 'il fit la démonstration que l'on ne mange pas forcément du poisson le vendredi, certaines fois c'est aussi le contraire qui arrive'.

Publié dans monde européen

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