La vengeance d'Arn - Gal et Dionnet (1981)
La vengeance d'Arn - Jean-Claude Gal (dessins) et Jean-Pierre Dionnet (scénario) (1981)
Du classique de chez classique, mais quel classique ! Encore une fois, passons rapidement sur l'histoire, qui occupe le second plan : du bon heroic fantasy, une trame simple, tragique, héroïque, aventurière, qui appuie le dessin. Ce dernier est tout simplement grandiose dans cette bd. Le noir et blanc sert cette épopée. Chaque page est traitée comme un tableau, avec un vrai cadrage de bande dessinée. Comme dans les critiques sur Battaglia, je détaille par la suite quelques cases.
Pour info, il existe une suite à ce tome, intitulée le Triomphe d'Arn et publié en 1988, qui est, je trouve, moins intéressante : l'histoire du tome 1 ne demandait pas forcément à être poursuivie (elle est très prévisible et le tome 2 ne fait que raconter une histoire qu'on connaît presque déjà...) ; les dessins sont moins forts (même s'ils sont encore intéressants). On est quand même assez loin de la quintessence que présente la vengeance d'Arn.
Cette image offre un véritable tableau (elle occupe toute une page). La ville lumineuse et riche est reliée à la prison, sombre et poisseuse via l'escalier et la personne qui le descend. Le poteau vertical contribue aussi à la tension entre le haut de l'image et le bas. Les trois poteaux en triangle nous place derrière un grillage virtuel qui nous isole, comme dans une prison ; la forme triangulaire ainsi formée, simple, violente et forte, contribue à la puissance de la case.
Cette planche est la suite de la précédente. Notre regard, qui a maintenant descendu l'escalier, arrive derrière une grille. Il butte ensuite contre le regard du prisonnier enfermé. L'inversion brutale de situation, renforcée par l'opposition blanc encadré de noir qui devient noir encadré de blanc, nous donne l'impression que nous étions le prisonnier en train de regarder à travers les barreaux. L'opposition est aussi soulignée par la similitude entre la forme carré de la grille en haut et de celle en bas ; en bas, le "trou" de la cellule répond à l'arche du haut.
Le cadrage est ici tout a fait époustouflant avec les trois cases qui rapetissent jusque à l'échelle, qui elle même paraît fondre vers l'infini. La juxtaposition d'une vue horizontale (sur les deux personnages debout) et d'une vue en contre-plongée participe à créer un profond vertige. Aux lignes rectilignes des cases répondent les lignes courbes de la carrière.
Cette planche encore offre un cadrage extraordinaire : tout n'est que mouvement violent, la sucession des cases en éventail faisant écho au mouvement tranchant de la lame. Le dynamisme est accentué par le changement brutal de point de vue de la 'caméra' (le héros et le garde étant un coup d'un côté, un coup de l'autre), on notera aussi les objets qui dépassent des cases. Enfin, le tranchage de la main est grandiose avec la hache mise dans un cercle qui répond à la forme circulaire de la hache dans la scène de tranchage. La ligne horizontale qui relie alors l'oeil du héros et sa main forme une ligne terriblement stable dans cette page où rien d'autre n'est droit.
Quel découpage..; avec les gros plans, encadrés par des formes géométriques (rond et rectangle) et un plan global, un désert noyé dans le sable. Le mouvement circulaire des cases renvoie au vol de l'aigle.
Dessiner des dunes et le sable qui se lèvent sous le vent... !
En haut la lumière filtre à travers les rochers comme une cascade. Rarement les effets lumineux sont aussi bien réussis dans des bds.
Encore une fois un cadrage remarquable qui s'étale sur les deux planches. Le héros est coincé par le serpent, et est coincé 'visuellement' entre deux rochers, le grand rocher s'inscrivant derrière le serpent, comme le dédoublant. Le mouvement ondulant des cases à droite reprend les courbes du reptile.
Référence à/Influence de Druillet ?
Scène 'chez les barbares' : la sauvagerie est partout, un animal sacrifié domine toute la planche.
Le temps semble s'être arrêté, au centre nous sommes à la place de celui qui va être (violemment) trucidé. Sur les deux côtés, les visages sont figés et ont des expressions fortes. Ils regardent froidement le futur mort alors que ces deux personnages devraient l'aider. En réalité ils le trahissent ici. Les trois personnages semblent jeter leur haine à celui qui va mourir : haine violente et souvenirs terribles pour le héros au centre, haine contenue et froide pour la femme ; haine plus mélancolique (ou soupçon de pitié ?) pour l'homme à gauche.
Désert spectaculaire.