Garulfo - rétrospective
Garulfo - Alain Ayroles (scénario), Bruno Maïorana (dessin), Thierry Leprévot (couleurs), 1995-2002 - est une série en six tomes s'installant à la croisée du conte philosophique et du récit merveilleux dans un univers somme toute volontairement classique (châteaux, princes et princesses, dragons, sorcière et ogres), mais dans lequel est souligné les serfs, gibets, et autres arrière-plans sordides et tragiques. Nous avons donc affaire, dans un premier temps, à une grenouille (garulfo) qui se transforme en prince, découvre les joyeusetés du monde des hommes qu'elle avait un peu idéalisé ; après ce truculent premier cycle en deux tomes qui alternent comédie et tragédie ; les auteurs ont pu poursuivre leur histoire en introduisant le prince Romuald, odieux et insupportable , qui possède un don attribué par une fée "bienfaisante" : celui du respect des autres, qu'il apprendra à ses dépens. En effet, voilà Romuald spontannément transformé en grenouille, en même temps que Garulfo devient le prince. Voyage iniatique pour les deux compères et recherche de princesse à embrasser en perspective pour rétablir le cours normale des choses.
1. de mares en château (1995)
2. de mal en pis (1996)
3. le Prince aux deux visages (1997)
4. l'orgre aux yeux de cristal (1998)
5. Preux et prouesses (2000)
6. la Belle et les bêtes (2002)
La grande caractéristique de la série est la justesse et la cohérence de sa tonalité particulière, à laquelle concours tous les éléments (scénaristiques et graphiques) : un décor comique posé sur une trame tragique, ou vice versa tant les deux ressorts sont profondément entremêlés. A aucun moment, le rire ne l'emporte sur les élements plus "sombres", au contraire, il est là pour enrober l'amertume, faire passer les messages. On pourrait faire un parallèle (un peu osé, mais pas si exagéré) avec Candide de Voltaire, le fameux conte philosophique où se juxtaposent véritables tragédies (extermination et guerres, esclavage, obscurantisme, drames), le tout dans une forme profondément comique. Voltaire lui-même employait la métaphore du bonbon, du médicament, pour expliciter la manière de transmettre ses thèses. Ici, les premières pages du tome 1 donne le ton Fulbert le canard, ami de Garulfo la grenouille, dévore des tétards (son aliment naturel) provoquant l'ire de ce dernier ("Bête immonde, dévoreur d'enfants !"). La mine furieuse de la grenouille fait hurler de rire, mais les faits sont là : il y a eu des "morts". Plus loin, l'échelle sociale apparaît dans sa cruauté (mise en parallèle avec la chaîne alimentaire), impôts arbitraires, justice expéditive (gibet!), Fulbert en plat principal servi à Garulfo devenu Prince, expérimentations scientifiques sur grenouille par savant imbécile (Bombastus avant l'heure, cf de capes et de crocs), appât du gain, sorcière au bûcher, fille de pendu, prince insupportable etc. Tragédie frôlée mais esquivée (un non-happy-end devait être au menu). Autant d'éléments qui seront repris, dans une autre mesure, dans de capes et de crocs (je pense à la fin du tome 8).
Soyons réaliste, Garulfo ne vise absolument pas le souffle de Candide, ni sa portée "philosophique". Mais, il y a message, clair et bien mis en forme, humaniste. Un message très "Des Lumières" d'ailleurs, du Voltaire modéré peut-être ; que l'on peut résumer par le "don" de la sorcière à Romuald (tome 3) : "le don de respecter ton prochain [...]" "c'est un don ? (le roi) non, sire, c'est une prophétie, c'est même limite malédiction (la cour)". Par les temps qui courent... toujours bon à rappeler, toujours d'actualité :). La société décrite, sous ses atours de conte de fée (châteaux, princesses et consorts), se révèle être une chaîne alimentaire géante, un jeu de proies et de chasseurs, où les puissants balayent les pauvres : roi "idiot", politique tout sauf éclairée, paysans affamés ; dans laquelle contraste l'innocence de garulfo (dans les deux premiers tomes).
1. de mares en château (1995)Soyons réaliste, Garulfo ne vise absolument pas le souffle de Candide, ni sa portée "philosophique". Mais, il y a message, clair et bien mis en forme, humaniste. Un message très "Des Lumières" d'ailleurs, du Voltaire modéré peut-être ; que l'on peut résumer par le "don" de la sorcière à Romuald (tome 3) : "le don de respecter ton prochain [...]" "c'est un don ? (le roi) non, sire, c'est une prophétie, c'est même limite malédiction (la cour)". Par les temps qui courent... toujours bon à rappeler, toujours d'actualité :). La société décrite, sous ses atours de conte de fée (châteaux, princesses et consorts), se révèle être une chaîne alimentaire géante, un jeu de proies et de chasseurs, où les puissants balayent les pauvres : roi "idiot", politique tout sauf éclairée, paysans affamés ; dans laquelle contraste l'innocence de garulfo (dans les deux premiers tomes).










2. de mal en pis (1996)







3. le Prince aux deux visages (1997)
















4. l'orgre aux yeux de cristal (1998)












5. Preux et prouesses (2000)










Pour aller vers d'autres horizons :
Alain Ayroles au scénario et Masbou au dessin dans l'excellentissime "De capes et de crocs"
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