Temps heureux où les bulles graphiques de qualité s'empilent sur mon bureau ! Il y a peu de temps en Corée, à l'époque actuelle, aujourd'hui, toujours dans ce pays, mais dans l'ancien temps avec
l'auteur de la bicyclette rouge et dans l'univers des Kisaeng, que l'on peut rapprocher des geishas du Japon d'Edo. Ce que l'on retrouve avec plaisir dans cet ouvrage quand l'on a
lu la bicyclette rouge c'est la poésie douce qui diffuse dans les pages, sans écarter la réalité du monde -son amertude, ses doutes, sa violence- au contraire, mais l'éclairant du
coup de manière bien différente. Cette poésie s'inflitre par les poèmes anciens dispersés entre les séquences, mais surtout par la manière d'aborder les paysages -finesse du trait pour les fleurs
-quelle connaissance botanique d'ailleurs !- et les situations. Difficile de vous en rendre compte par le papier mais on le comprend mieux par l'image. L'oeuvre entremême cette trame poétique et
la "trivialité" de la réalité -clients, vie quotidienne des artisants- sans écarter tous ses aspects. On suit donc l'initation de deux jeunes kisaeng au tempérament bien distinct mais sans tomber
dans le schématisme, parcours jalonné du personnage de la "patronne" -ancienne grande courtisane qui vieillit, d'un jeune moine troublé par cet univers et de l'ancien amant de la patronne à
la fin du volume.
Par Paul B.
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Attention coup de coeur :D. Le monde coréen, très dynamique et passionnant, commence à peine à poser un pied sur notre vieille France avec des réussites comme La
bicyclette rouge de Kim Dong Hwa ou Brève cohabitation de Jang Kyung-Sup, deux chefs d'oeuvres à connaître, l'un se plaçant dans la vie de tous les jours d'un facteur de
la campagne coréenne, et l'autre évoquant la cohabitation d'un étudiant et d'un cafard à taille humaine (ne vous arrêtez pas là on entre tout à fait dans l'histoire !). Avec Choi Kyu-sok, connu
aussi pour le recueil l'amour est une protéine -que je trouve inégal-, on entre de plain pied dans la vie quotidienne de 4 étudiants miséreux + un cerf squatteur
cynique dans une ville coréenne et on suit en chapitres leurs tribulations.
L'oeuvre télescope d'emblée divers mondes graphiques et d'interprétations du réel : les objets passent allègrement de leur statut inanimé à une métaphore humaine, les animaux parlent le plus
souvent, l'apparence des personnages varient selon que l'ouvrage s'approche de la réalité et de la vie aisée -dessin fluide et réaliste-, à la misère quotidienne plus schématique. L'auteur
vide ou remplit à son gré d'humanité les personnages qu'il met en scène, seuls les personnages féminins restant toutefois d'éternels étrangères peu sympatiques (!), cette
liberté d'un personnage non uniforme à travers l'oeuvre offre pour moi une réflexion sur le statut de personnage dans les bulles graphiques, genre qui donne finalement à l'auteur une
marge de manoeuvre bcp plus vaste que dans le roman ou dans le cinéma ou l'absence d'apparence physique pour l'un et la présence corporelle de l'acteur pour l'autre limite le champ de
création.
Ce télescopage et cette liberté formelle sont intriqués à la richesse kalédoïscopique de l'oeuvre qui joue sur de nombreux registres -absurde, humour noir, chroniques sociales- interrogeant
des thèmes de société très variés dans une réflexion toujours aigüe et parfois cruelle -relations humaines, rapport à l'argent, rapport entre couches sociales etc.-, offrant en arrière-plan
l'image acide d'une société capitaliste émergente. Si l'on ajoute une cohérence remarquable de ce manwha -stylistique et sur les plans des idées- et une séquence finale
inattendue dans la nature qui clôt l'oeuvre de manière surprenante et forte, on obtient un excellent cru. Je tiens toutefois à prévenir qu'il nous manque à nous lecteurs occidentaux des clés
de compréhension culturelle concernant la Corée qui nous font passer à côté d'idées ou trouver étrange certains symboles que l'éditeur aurait pu expliquer, même s'il est vrai comme
le faisait remarquer un autre chroniqueur de bds que les notes que l'on trouve dans les mangas et manwhas en préface ou postface sont souvent bien lourdes et nuisent à
l'ensemble.
incipit du Marécage ci-dessus et ci-dessous, d'emblée le ton global est donné
chambre d'étudiants surchargée
vive Noël !!! :S
on ne tardera pas à revenir en Corée pour un prochain post avec Kim Dong Hwa autour de histoires de Kisaeng.
Par Paul B.
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