monde japonais (manga)

Dimanche 27 septembre 2009
L'orchestre des doigts - Osamu Yamamoto (t.1) (1991) Encore une fois je ne peux qu'apprécier l'effet de résonance du "top bd des blogueurs" de Yaneck : l'orchestre des doigts est encore une lecture découverte en lisant le classement (comme Rides et Maus, chroniques à venir). On entre donc dans l'univers d'une école au Japon pour les élèves sourds et aveugles à travers le regard d'un nouveau professeur, qui comme nous, à beaucoup à découvrir sur ces univers où la sensibilité est réglée de manière complètement différente. Le premier tome se concentre autour du destin d'un petit garçon sourd rejeté par sa famille et très violent. Le héros du manga réussira à faire changer son comportement (classique certes mais le tout est suffisamment traité avec finesse). La lecture de ce manga est culturellement enrichissante : je n'aurais jamais imaginé que le langage des signes ait du mal à s'imposer comme une évidence au Japon (et dans les anciens temps) ! cela a longtemps été rejeté, de même que les enfants handicapés l'étaient aussi par leurs familles. La violence du silence / de l'enfant est particulièrement bien rendue au sein de certaines pages très fortes et d'ailleurs difficiles à lire. J'espère pouvoir trouver la suite !



Par Paul B.
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Vendredi 21 août 2009


Undercurrent - Tetsuya Toyoda (2008)

J'ai découvert ce manga via
cet article du blog de morue la fée, et je n'en regrette pas sa lecture ! Sans afficher une trop grande ambition, ce récit d'une femme "à la recherche" de son mari disparu un beau jour et de ses mystères conjugue habilement une histoire qui tient globalement debout et dont les légers défauts (dénouement un peu facile ?) sont compensés par l'équilibre des genres (personnages humoristiques étranges - un détective et un ancien yakusa - qui viennent contrebalancer l'atmosphère de tristesse) et la finesse des relations humaines. On retrouve avec plaisir les différents traits culturels du Japon tels qu'ils font partie de l'imaginaire collectif : les bains publics, commérages de voisinage et "maintien de la face", etc. Le tout est servi par un trait élégant et un cadrage efficace. Une très bonne lecture !







Par Paul B.
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Jeudi 5 juin 2008


Ce billet dévoile certaine parties des intrigues de nouvelles, ça ne vous changera pas vraiment le plaisir de la lecture, mais peut être souhaitez-vous garder certaines découvertes intactes.

Je ne connaissais pas du tout Endo Hiroki et l'ai récemment découvert via Nouvelles volume 2, regroupant trois histoires courtes de l'auteur, chacune très différente, mais l'on reconnaît bien au fil des pages une même patte et un même style fort. Il est, apparement, relativement célèbre pour un manga futuriste Eden, It's an Endless World ! dont je lirais sûrement les premiers volumes (il y a une quinzaine) si je tombe par hasard dessus. Qu'il y a t'il donc qui démarque ces trois histoires de la masse du manga de ces années là (vers 2000 ou avant) ?  On pourrait d'abord s'attacher au graphisme, mais on ne peut pas dire qu'il révolutionne le genre par rapport au style plus libre développé aujourd'hui par certains auteurs japonais, mais il est toujours très fin et élégant.

Et ce n'est pas tant dans le trait qu'il faut y chercher des qualités, mais essentiellement dans la composition et le cadrage : les arrières-plans sont toujours très signifiants et construits, la séquence de la "chute du câble" (voir ci-dessous) dans la première nouvelle est, comme je l'ai lu dans quelques chroniques sur internet, véritablement un chef-d'oeuvre de construction graphique, la spirale du câble et les lignes typiquement japonaises donnent le tournis associé à la démesure du crochet du câble. La dernière image du post et son jeu de lignes opposées vaut aussi le détour avec les rayures solaires du sang sur les cloisons. La dernière histoire est riche en juxtapositions de plan très contrastées : gros plans / plans larges ; violence physique / violence sexuelle souvenirs d'enfances / monde adulte ; atteignant un summum avec deux pages opposées : celle du jeune homme et son arme présenté en avant dernière image sur ce post, irruption violente, pleine de tension dans le lieu neutre de la gare, arme pointée vers une jeune fille qui s'éloigne, et la page suivante, la même jeune, dans un train qui glisse calmement sur les rails, dans une ambiance mélancolique et plus normale, page de vie ; transition abrupte juste soulignée par une violente onomatopée signifiant les bruits du train. Un dernier exemple avec la seconde image du post et ce grand câble qui s'envole en diagonale dans le ciel, s'ancrant pourtant dans un paysage urbain japonais typique et habituel. 


composition diagonale et juxtaposition élément fantastique du câble / monde urbain japonais typique


composition très maîtrisée

Concernant la narration maintenant, c'est là un point encore plus fort que le graphisme. La première histoire, en quelques pages à peine, est un exemple-type de narration parfaite, brossant le portrait d'un monde en flottement, grande métaphore de toutes les angoisses des sociétés, mettant en scène à peine trois personnages finement dessinés. Je ne préfère pas vous en raconter plus dessus, mais c'est véritablement une grande réussite ! L'histoire qui lui succède met en scène l'auteur qui fait jouer dans ses souvenirs d'anciennes histoires d'amours de jeunesse et de fantasmes autour des lycéennes, ancrée dans le monde réel, elle développe habilement ces thèmes tout en autodérision et émotion. La dernière, la plus longue, souffre, peut-être, de quelques faiblesses de construction et vraisemblance, mais est forte pour montrer que, classiquement, on n'échappe pas au destin tracé par la famille, par les gênes. En bonus, on a le droit à quelques pages intitulés Boy's dont cry qui sont stupéfiantes d'efficacité en traitant le thème de l'homosexualité des adolescents avec humour et émotion.
   





richesse de l'arrière-plan













 

Je dispose maintenant d'un espace MySpace à cette adresse qui servira de vitrine de mes deux blogs et pour des événements sur Reims, j'y posterais le synopsis des articles publiés ici, n'hésitez pas à laisser des commentaires ou des questions concernant ce site ou d'autres thèmes.   

Par Paul B.
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Jeudi 1 mai 2008

Ce qui est intéressant dans ce manga datant de quelques années de Jinpachi Mori au scénario et Hideaki Hataji au scénario, c'est de présenter quelques aspects de l'agriculture japonaise et de développer une idée à contre-courant du monde moderne qui a le mérite d'être posée : peut-on sauver l'agriculture au Japon, dynamiser les lycées agricoles, en gros, revenir à la terre dans un pays où qui se trouve effectivement en situation de dépendances alimentaires importantes et où la "campagne" est inexistante puisqu'occupée intégralement par des forêts et montagnes menaçantes ou par les mondes urbains de la mégalopole. On peut aussi rapprocher avec l'avenir de la campagne française pour lequel un choix plus ou moins explicite est déjà fait : pour les campagnes proches des centres-villes, une urbanisation sous forme de petits villages de banlieues où viendront s'abriter la classe moyenne, pour les zones plus désertiques, une urbanisation de résidences secondaires habitées par des retraités / familles étrangères le plus souvent, créant aussi des zones de ghetto campagnards et la quasi disparition des agriculteurs. Le manga est aussi agréable à lire bien que suivant bcp les clichés du genre.  



raisins version japon :S big grappes ! ci-dessous champ de poireaux


Par Paul B.
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Mercredi 2 avril 2008


Avant Solanin Inio Asano avait écrit ひかりのまち (Hikari no machi) - le quartier de la lumière croisant des parcours déjantés dans un quartier résidentiel construit sur les pentes d'une petite colline pour profiter de la lumière. Quand l'on a lu Solanin on peut essayer de dégager une trajectoire artistique d'Inio Asano vers la recherche de sa propre atmosphère  : dans le quartier de la lumière, il brode à sa manière, en donnant une touche particulière, sur des canevas type du monde japonais : histoires de personnages complétement hallucinés, enfant de 10 ans qui se fait un peu d'argent en proposant à des candidats aux suicides de veiller à leurs derniers moments, famille étrange dirigé par un voyou un peu barge dans son maniement du cutter. Cette touche personnel, l'auteur l'apporte dans les détails : personnages du prologue, interpages (dont celles présentés au-dessus), et surtout dans son traitement des destins de ses personnages, montrant leurs détraquements, insistant étrangement sur le fait que quand le petit garçon retrouve une vie normale, il n'est plus intéressant de le mentionner dans l'histoire, décrivant cette association émouvant formé par les deux personnages gravitant autour du voyou, touches d'humanité qui viennent donner encore plus d'émotion aux situations, brossant au final un monde à l'intersection extrême entre la réalité (précision des décors, vie de tous les jours), et une forme de folie froide qui anime aussi le monde comme il va : désaxement des personnages, et surtout, ce quartier où l'on a jamais l'impression qu'une vraie lumière se pose au-dessus, bien au contraire, il est plongé dans un aplanissement lumineux frappant, et ses immeubles, ses cages, commes des monstres à l'affût, constituent souvent le seul arrière-plan et paysage de nos héros, comme une immense prison. Solanin pose quant à lui une atmosphère qui bannit cette horreur froide pour rejoindre le monde humain, habituel, familier qui nous entoure, certes avec ses propres angoisses, mais avec humanité. Evolution stylistique ou commande pour un public différent de celui auquel est destiné le quartier de la lumière ? La prochaine oeuvre d'asano qui se déroule dans un Onsen et est, je crois, en préparation ou en prépublication au Japon actuellement nous apportera peut-être des réponses concernant cet auteur à suivre.







tension de la page contrastant avec la tranquilité apparente du personnage : oblique, tête tourné vers le bas, rayure diagonales des tatamis, répétitions ternaires de l'image.






:-) pour moi, ce sont les deux cases les plus fortes du manga (dans le prologue), je les aime vraiment bcp ! (euh, au cas où, je rappelle qu'on lit de droite à gauche les mangas japonais) 
Par Paul B.
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