Loup - Sarn, Moreno (2007)

Publié le par Paul B.

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Loup - Amérlie Sarn, Marc  et Eric Moreno (2007 fr)

Une bd 'énervante' : ca aurait pu être très bien, mais ca ne l'est pas ! Loup s'attache au parcours de Louis. Ce jeune artiste bordelais fait partie des survivants d'un attentat qui a eu lieu dans la gare de Bordeaux. Peu blessé physiquement, l'homme l'est psychologiquement et se met à dériver progressivement en explorant le domaine de la violence, sa perception du monde change (il y a les loups et les victimes), il se confronte à quelqu'un 'd'aussi fou' en la personne d'un jeune homme qui a vécu des événements terribles en Yougoslavie. Que faire ? Je passe d'abord sur ce qui m'a plu ou non ?

Commençons par les 'critiques' : l'histoire ne tient pas la route. Le scénario est relativement malhabile (à quoi sert, par exemple, la soeur du héros et son 'ami' ?). Comme d'habitude, des auteurs tombent dans l'écueil habituel de croire pouvoir restituer la réalité, ils n'en redonnent que des situations stéréotypées, ou complètement à l'écart de toutes les pratiques sociales actuelles, de nombreux dialogues sonnent creux, et terriblement faux (le discours de 'l'ami' galeriste est complètement invraisemblable!). Je ne suis jamais rentré dans le 'pitch' initial avec la 'folie' de Louis : son syndrome, évidemment métaphorique ne passe pas. Peut-être que la métaphore filée par les auteurs est trop lourde : l'idée était excellente, mais le traitement demandait plus de finesse. Le revers final du personnage principal est relativement incompréhensible (à la mesure de sa pseudo folie d'ailleurs).

L'idée intiale, une pépite, est complètement gachée par la mise en oeuvre scénaristique. Le personnage le plus passionant (l'ancien soldat Yougoslave) n'est pas assez développé et exploré. Une grande partie de la BD aurait pu tourner uniquement sur la confrontation entre lui et Louis (j'aurais évacué le personnage de la soeur) : la personnalité de ce mendiant, complexe et sombre, est bien élaborée dans la bd, mais aurait demander à être amplifiée. Là encore, son revirement final est... pathétique ?

Je ne sais pas si j'ai été clair : Louis devient fou, mais je n'ai jamais suivi le personnage, jamais compris même pourquoi il devenait fou. De là j'ai eu du mal à comprendre les confrontations entre les divers personnages. Et quand j'ai cru rentrer un peu dans la bd, le dénouement, à la pif paf boum, m'a désorienté.

Dommage dommage. Car pourtant, comme déjà signalé : un super bon pitch : attentat à Bordeau, personnage déstabilisé, errance et fable sur la violence des hommes. Les personnages sont assez bien construits. Des bonnes idées scénaristiques : le nom du perso Louis (proche de Loup). Ce rapprochement est EVIDENT, mais la BD nous le souligne pourtant textuellement ! Elle est servit par un très très bon dessin qui colle parfaitement à l'ambiance ; les couleurs gris / rouge renvoie perpétuellement au sang ; la ville est un personnage principal à part entière (son ambiance et ses détails sont fièdelemnt reconstitués, comme si cette cité, qui s'est enrichie sur la traite négrière, participait au but du récit de nous emener sur les traces de la violence). Certains cadrages sont aussi porteurs de nombreuses significations. Cf le personnage drapé ci-dessous, à la fois ermite, penseur, moine, statue, sous la burqa, fantôme, dieu romain, encadré par les lignes de la porte. Ou plus bas la référence à Picasso : Guernica vient immédiatement à l'esprit.

Bon, je m'échauffe, je m'échauffe : je vous conseille de vous faire un avis sur cette BD, ambitieuse mais qui n'atteint malheursement pas ses objectifs (faudrait-il plutôt que je relise la bd, plus calmement ?). Auteurs à suivre bien entendu !

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