Grandeur et humiliation - Ida #1 - Chloé Cruchaudet (2009)

Publié le par Paul B.

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Années 1880-1890, Ida, "vieille fille" vivant en suisse, parasitant sa soeur, et s'inventant maladies imaginaires sur maladies imaginaires, décide un beau jour de partir en vacances en France, prend goût au voyage, et s'embarque dans l'exploration du monde, le manuel de l'exposition universelle de Paris en main.


Je me suis tourné vers cette bd pour plusieurs raisons : elle avait été remarquée lors de sa sortie, chloé cruchaudet est aussi l'auteur de "Groenland Manhattan", qui a aussi été commenté, que j'avais lu mais dont je n'avais pas souhaité faire la chronique, tout en notant le talentueux dessin ; enfin, cette bd présente une couverture que je trouve magnifique et alléchante, cette grande robe qui ouvre sur un paysage de jungle en complet décalage avec le visage "aristocratique".  Je crois aussi que j'en ai lu une critique sur la blogosphère bd, mais impossible de retrouver où (que le site mystérieux se manfieste s'il me lit !).


Chloé Cruchaudet manipule ici des "poncifs" de la littérature et de la bd : aventures en Afrique, avec aventurière ingénue, explorateur séducteur, sur fond de contexte colonial et de toutes ses dérives sinistres. Par exemple, je vous conseille "la tendresse des crocodiles" de Fred Bernard ; plus simplement on peut penser à Kipling, Jules Vernes etc. Ida passe aussi en Orient, et là aussi, tout l'orientalisme est déjà passé par là. Le fait que l'auteur passe "sur des sentiers déjà battus" limite nécessairement la portée de la bd, difficile de faire mieux dans un genre déjà exploré.


Ceci dit, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette bd. L'auteur aborde le tout avec un humour particulier qui fait souvent mouche dans mon cas. Le personnage principal est traité avec une certaine délicatesse, tour à tour exaspérante, bête, sympathique. Ida semble se plonger dans une "non-réalité", un grand rêve, et embarque tout le monde dans son périple. Les personnages secondaires, qui auraient pu peut-être un peu plus développé,s sont quand même intéressants : Fortunée contraste avec Ida, le gouverneur emprunte ses traits à Jean Rochefort (me semble-t'il), ce qui crée un décalage amusant. Le scénario est simple, mais bien mené. Le dessin constitue aussi un vrai point fort : il est généreux, tant sur les couleurs, que sur le trait ; de nombreuses expressions des personnages sont à mourir de rire. Le cadrage, qui reste souvent classique, s'autorise parfois des constructions très réussis : les passages les plus forts de l'album, le Harem et ce qu'on qualifiera pudiquement "d'aventures de Fortunée" (entre autres, la page 25), sont quand même de grands moments de cadrage. Mais bon, je ne vais pas vous reproduire ces planches pas très grand public !


Si chaque élément pris en soi n'a rien d'hors-norme, l'ensemble est très cohérent et l'objet proposé par Chloé Cruchaudet remporte mon adhésion, alors que je ne n'étais pas forcément convaincu d'emblée. Si vous avez l'occasion, je vous conseille cette lecture, qui constitue un grand bol de fraîcheur dans ces jours si chauds.

 

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Publié dans monde européen

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