100% - Paul Pope

Publié le par Paul B.


Paul Pope ne doit pas vous être inconnu si vous parcourez ce site depuis un certain temps, le revoici donc ! 100% vient de paraître dans le sillage d'autres traductions de cet auteur américain et plus précisément New-Yorkais d'adoption (en français, j'ai pu lire Escapo, One-trick ripoff, Heavy Liquid). 100% est assez proche de l'univers de Heavy Liquid, cela pourrait même être le même futur : bruyant, un peu glauque, sécuritaire, vers 2040, quelques gadgets technologiques en plus, mais très proche de notre présent finalement, un futur inquiétant où l'on vit quand même de toutes façons. Et justement, il est question de ça, de vie, d'existence. C'est "l'originalité", le coeur même de la bd : pas d'histoires d'anticipations, de menaces extrêmes, mais 6 destins, 3 couples, que l'on suit dans leur existence, fractures, rapprochements, humanités, 6 personnages saisis avec finesse par Paul Pope, maître du genre pour faire vivre des persos et leur donner à tous tant de profondeurs en les mêlant à et posant sur un arrière-plan d'univers de "futur glauque" très travaillé. Il y a bien un "déclenchement" fracassant : un meurtre d'une danseuse d'un club, au début, avec un plan d'ouverture anthologique de cadrage sur une jambe de cadavre, paf, la fragilité de l'existence en pleine poire, d'où découle, directement et indirectement; la nécessité pour les protagonistes, de vivre à 100%, et qu'importe la société autour, il y a toujours moyen de mettre en valeur ce que l'on aime, de protéger ce que l'on aime. On pourrait y voir un tel message, une nouvelle manière de survivre et une porte d'espoir, cela serait peut être poussé trop loin sur la bd en elle-même, mais pourquoi pas. En arrière-plan, quelques petites pointes sur la société américaine (et mondiale donc) : sécurité et police, armes à feu : elles sont interdites dans cet univers, mais l'une des persos principales veut s'en procurer une, et la tentation de s'en servir en situation de risque est aussi une scène d'anthologie avec l'arme qui apparaît en filigrane sous les vêtements. Pour finir finalement gentiment sous le lit bien à l'abri.







Nous voilà donc embarqué sur une histoire de destins croisés (menée avec brio), suivant des personnages qui ne se croiseront jamais tous ensemble, mais fonctionnant par paire ou trio, réuni toutefois sous le toit d'un "club" boîte de nuit à différents tiroirs et étages : en bas les cuisines où John fait office de plongeur, la grande salle du bar-discothèque où se croisent John, Strel, Daisy , les loges et les bureaux, et par l'ascenceur-fauteil, on gagne le haut, le "saint des saints", où les danseuses (Daisy) officient leur strip-tease particulier. On ne verra jamais l'endroit vide et calme, mais toujours bondé de monde et de sons, d'une foule compacte, délirante, et surexcitée. Où la grande salle est dominée par une catwoman géante. Comme un symbole d'une image réduite du monde entier et de la société. Le scénario ne se perd pas un instant et enchaîne bonnes idées sur scènes d'anthologies : présence policière arbitraire qui zizague dans le ciel sur des aéronefs, bloquant des quartiers, sans que l'on comprenne pourquoi, milieux d'artistes un peu déglingués, l'oeuvre d'art formé de dizaines de bouilloire qui sifflent en harmonie un do surpuissant, scène des oeufs et de la tête, scène de Tristan et Iseult dans un "4D" (réalité virtuelle) (cette séquence là, vous verrez, c'est grandiose), la négociation pour le flingue (voir photo) (les armes à feu sont d'ailleurs interdites maintenant aux USA), le restau jap etc. etc. Vous verrez :D ! Et surtout, le pire, le mieux ? : ce fameux strip-tease "particulier", total ? : dans une société où l'on veut tout voir, ils ont poussé le voyeurisme à l'exhibition totale, des capteurs, une sorte de filet, rentrent un peu partout, pour projeter dans des halos holographiques, l'intérieur même des danseuses qui évoluent dans leur cube de verre, intestins, coeur, circulation intraveineuse, poumons, débit sanguin, influx nerveux. Gore. Bien vu : tout voir pour ne rien voir, tout dénuder pour finalement ne rien posséder.



les deux histoires de Tristan et Iseult : culte


négociations... :), je ne sais pas si l'on est aux Etats Unis, mais le Che sur les billets, je trouve ca savoureux.



Sur le plan graphique, on retrouve avec plaisir le trait nerveux, un noir et blanc discret, qu'on croirait coloré, sauf dans certaines scènes où le contraste augmente avec beauté, la déformation légère des persos, l'aspect très "sonore", violence sonore de la société : onomatopées (voir par exemple la dernière illustration du post), présence de la musique (écouteur, son de la discothèque), mais, étrangement, ce son, ce bruit de fond, n'est pas un brouillage, une perturbation : les personnages se parlent, toujours, s'écoutent toujours, s'entendent, même dans le brouhaha du club, la folie de la foule, même quand des parois insonorisées les sépare (voir illustrations) : en usant papier crayon et écran. Sur les protagonistes aussi : qu'est-ce qu'ils sont "attachants", du moins si réels et consistants. Et puis, comme dans ses autres bds, Paul Pope a l'art de mettre en place des personnages féminins, indépendantes et courageuses, on dirait "femmes modernes", des persos comme on aimerait en voir plus dans toutes les bds et ailleurs.


au sol : les bouilloires dans le silo qui sifflent sur un même do : contradiction avec les mécènes de l'artiste, qui veulent que pour symboliser le fracas de la société, chaque théière soit dissonante avec sa voisine : l'artiste maintient sa volonté d'une harmonie, finie les bourses de mécénat.


Paul Pope sur bulles graphiques
       post sur
son blog
       post sur Escapo
       post sur Heavy Liquid

sur le net :
        blog de
paul pope

Petite remarque : j'ai mis un lien Kroniks, un "nouveau" site de critiques bds ouvert depuis environ deux mois, chaque bd critiquée est choisie avec pertinence et la critique faite toujours très bien, allez donc voir :D d'ailleurs il y a un compte rendu récent du Roi des Mouches, une bd pas trop trop connue de Mezzo et Pirus mais qui est un grand chef d'oeuvre (à mon avis) :D donc, ils ont bon goût :D


graphisme :D !

Publié dans monde américain

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