My Street - Nie Jun

Publié le par Paul B.


On poursuit dans l'univers du manhua : après Orange de Benjamin, on aborde un univers très différent avec les 3 tomes de My street du chinois Nie Jun qui sont actuellement disponibles aux éditions Xiao Pan sur les  5 prévus. Une bd en petit format très foisonnante se révelant à chaque lecture de plus en plus riche. Difficile de résumer l'histoire qui paraît au premier abord moins importante que les nombreux personnages, complexes et fouillés, qu'elle met en avant : il y est bien question d'un pays étrange, de noms réels (Dublin), d'une guerre, et surtout d'un syndrome "d'api-dispersivité", maladie redoutable qui vous transforme en essaim d'abeilles. Ce qui retient dans un premier temps l'attention c'est le graphisme, la ligne blanche et noir, claire et fluide, qui saisit les personnages dans leurs dimensions multiples et dessine des arrières-plan fouillés : étrange ville urbaine au croisement entre ville réelle et souvenir de vieilles métropoles occidentales. Précision et certaine mélancolie du trait.

Puis, on est relativement marqué par le caractère très subversif de l'oeuvre qui n'a, d'ailleurs, pas apparemment été publiée en Chine. Subversif ? Sous la ligne, oh que oui ! Dans l'univers de My street, l'Etat ne semble pas exister, et pourtant il est bien là et les seuls représentants qu'on voit de lui sont les agents de police qui se mettent en travers du chemin des héros. Il y a eu une guerre que l'on pressent avoir été terrible et qui laisse sur le carreau des milliers d'enfants orphelins qui deviennent des jeunes désoeuvrés, oubliés, dangereux, aux prises avec les clans de la mafia, sans que personne ne les aide. La ville semble menaçante et chaque citoyen bourreau passif (en témoigne celui qui n'aide pas, avec indifférence, un des personnages en difficulté), la seule zone de "sécurité", c'est une "tanière", le repaire d'une vieille folle aux abeilles en plein milieu d'un terrain vague, en marge de tout. Et comme le dit la jaquette "jeunesse rime avec tristesse" : la jeunesse des personnages semble comme une des maladies les plus graves et leurs destins sont chaotiques, obligés de se débrouiller, avec courage et volonté, seuls. Et il y a aussi ces étranges "assurances" qui comptent s'enrichir sur les orphelins de la guerre, au point que les jeunes héros finissent par vouloir monter eux-même leurs propres companies d'assurance. Et enfin ce fameux syndrôme d'api-dispersivité, comme une métaphore lointaine d'un malaise réel. On attend de voir la suite et fin pour voir où tout cela va nous mener :).

























Sinon, quelques nouveaux liens :
*le
pot à l'eau de Gabriel (qui va collaborer avec nancy Pena)

*Archibald et le collectif Cabot Comics
*la poésie de Domitille Collardey

*le blog de Clément Oubrerie, dessinateur d'Aya.

Publié dans monde chinois (manhua)

Commenter cet article