Orange, Benjamin

Publié le par Paul B.



Orange est la première oeuvre de Benjamin (Zhang Bin ou Lin ?), auteur chinois né au début des années 70, que j'ai pu lire, mais on peut aussi se procurer en france Remember et un artbook Flash, en attendant certainement d'autres publications puisque certaines bds n'ont encore été publié qu'en Chine. L'auteur travaille aussi dans l'illustration (affiche de films, jeux vidéos) et a publié des romans, il connaît un certain succès en Chine et Xiao Pan, spécialiste de la bd chinoise, qui nous permet bcp de découvertes (blog des éditions), le plébiscite et le met en avant dans son catalogue. On va tout de suite écarter un certain battage médiatique ou de louanges autour du personnage : c'est un peu marrant ou crispant, c'est au choix, de lire sur le site de Xiao Pan ou sur la jaquette de la bd "le formidable, génial, talentueux" etc; benjamin; répété trois fois par ligne (j'exagère un peu, bien sûr, mais c'est pas très loin !). Voilà, la vague de louanges, sans analyses, passée , on se plonge dans la lecture de la petite centaine de pages d'Orange en format moyen.




Et on est quand même au final vraiment convaincu, je dois le dire. Déjà, je vous laisse regarder les illustrations de ce post pour comprendre immédiatement le sens de la couleur inné de l'auteur : j'ai assez rarement vu cela ! l'album est plutôt globalement sous-tendu par toute une nuance de bleu (pâle, flashie, sombre, pastel), entrecoupé de rouges, blancs, jeux d'ombres. Enrichi par un sens de la composition proche des peintres occidentaux d'autrefois (et cela se remarque aussi dans une de ses affiches avec des chevaux -chefs d'oeuvre de construction de mouvements) : cadrage et pose des personnages maîtrisés. Il y a aussi tout un jeu sur le traitement des visages des deux protagonistes, tantôt décris dans leurs détails, ou laissés dans un grand flou, une auréole de couleurs, qui permet au lecteur d'entrer plus ou moins dans la conscience et les sentiments des héros. Chaque case est un tableau, un peu à la manière de Bilal dans un autre domaine. Une seule remarque graphique peut être formulée, intrinsèque à la publication française : le passage à l'alphabet occidental, ces lettres fines qui viennent se perdre dans des océans de couleurs ; on imagine, sans doute, que les caractères chinois doivent avoir une force graphique beaucoup plus forte et cohérente avec l'ensemble d'une case (au passage certains agencement des textes français nous laisse parfois nous demander qui parle exactement). Et là où un certain miracle s'opère, un peu aussi comme chez Bilal, voire plus, c'est la fonte, très rare, de tous ces tableaux juxtaposés en une véritable continuité : beaucoup d'artistes échouent à rendre cohérent leurs illustrations, toutes réussies une à une cependant ; ici, belle orchestration, on entre dans l'album dès la première page pour en ressortir sur le mot "fin", comme d'un tunnel.

Ce phénomène d'unité est renforcé par une histoire maîtrisée, simple, sans suspens, forte, très forte, sans vouloir s'imposer. C'est avant tout le portrait, complet et fin, d'Orange, jeune fille perdue, égoïste, adolescente encore, portrait sans concession, qui offre en filigrane une réflexion sur l'adolescence et ses caractéristiques, et au-delà sur les tensions et mélancolies de la jeunesse. Cette description trouve son écho dans Dashu qu'elle rencontre, mais on aura quant à lui affaire à un portrait tout en creux et ombres, nuances, pleins d'ellipses, de quelques indices, graphiques, quelques paroles de sa part, à peine. Avec au final un message clair, qui vient achever de détruire toutes les petites illusions de l'adolescence, pour offrir des perspectives d'espoir (enfin, je trouve !). Je me rend compte aussi en y repensant, que cette bd est aussi une oeuvre très sonore, ce qui est aussi assez rare en bd, et souvent la preuve de grande réussite (seul
Lily Love Peacock de fred Bernard l'est autant) : train qui passe, froissement de tôles métalliques, buildings qui s'écroulent, souffles et soupirs des persos, sons entêtants de la rue et des karaokés, vent sur les terrasses, les sons y sont volontiers violents, métalliques, brutaux, brossant en filigrane une tension perpétuelle de la ville.

Bonne lecture !  














illustration donnée dans le cahier supplémentaire à la fin de l'album, difficile de choisir parmi les nombreuses illustrations bonus fournies. 

pour en savoir plus :

le blog de l'auteur (en chinois, je ne comprends rien bien sûr et ne trouve pas de pages en anglais ?)
le site promotionel de Flash, son art book

j'actualise du coup ma liste de bd coup de coeur présentée en page.

Publié dans monde chinois (manhua)

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paul 20/08/2008 18:14

merci ! je vais voir ce que ca donne avec une petite appréhension quant au côté "approximatif" de la chose :D

plop 17/08/2008 12:29

pour avoir le blog en français [traduction très approximative par contre ^^']:
http://translate.google.fr/translate?hl=fr&sl=zh-CN&u=http://blog.sina.com.cn/benjamin&sa=X&oi=translate&resnum=1&ct=result&prev=/search%3Fq%3Dhttp://blog.sina.com.cn/benjamin%26hl%3Dfr%26rlz%3D1B3GGGL_frFR264FR264