La saison de la Couloeuvre, volume 1, Michaud & Lehman

Publié le par Paul B.

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La saison de la couloeuvre se déroule dans un univers très travaillé, "futuriste" et en ayant un très léger écho bilalien : les déplacements entre planètes sont assurés par des "ponts" ("toboggans") formant un réseau tramant la galaxie : à chaque noeud, un centre de jonction où les voyageurs de l'espace doivent s'assurer une période de 100 000 sec avant de reprendre une porte. Le décor de la bd est l'un des ces centres de jonctions situé dans un paysage de canyons grisâtres et sans végétation. Le fonctionnement du lieu est très huilé, très technocrate, et à l'extrême limite de l'oppressant, du moins, sans fantaisie qui vienne troubler tout cela. Evidemment, l'ordre va être peu à peu pertubé par des phénomènes étranges qui conduiront doucement à un déraillement complet de la logique :). La force de l'album réside dans de nombreux éléments : d'abord dans cet univers finement décrit dans ses règles, codes, couches sociales, puis dans le scénario très construit et dense (ca fait plaisir de lire de bons scénarios de temps en temps :D), scénario et décor que l'on verrait même en film, ca passerait très bien, les personnages principaux et secondaires nous sont attachants et certains, étranges dans leurs formes, préludent bien au déréglement de la vie dans ce centre, on peut ajouter un dessin très maîtrisé : tant dans le trait (détails et paysages), que dans les cadrages (gros plans, plans larges sur toute une page sont volontiers utilisés), et que dans les découpages (là encore plaisir de voir une page de bd bien découpée !!). Certaines pages sont, pour moi, des sommets de construction graphique. Clé de voûte de l'édifice : l'utilisation des couleurs, priviliégiant des nuances bleus-blancs, quasi bichromatique, et puis soudain, avec les premiers dysfonctionnements des mécaniques réagissant cet univers, l'apparition de couleurs, volontiers violentes et trachantes, qui forment réellement un choc visuel, se propagent dans la page, et qui, quand elles se retirent brusquement, nous ramènent brutalement à la monotonie et quasi tristesse des teintes neutres. Cette utilisation graphique pertinente de la couleur lié à un ensemble scénario-dessin cohérent forme véritablement une bulle graphique bien solide. On attend les volumes 2 et 3 de la trilogie sans une certaine impatience et interrogation tant les pistes ouvertes par ce premier épisode sont encore vastes.  

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le centre des nacelles et premier événement impromptu et inattendu dans cet endroit ! vous remarquerez la maîtrise technique du dessin du dragon et les détails technologiques !

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ci-dessus grand plan large sur une demi page comme on aimerait en voir plus souvent dans les bulles graphiques ! ci-dessous, une de mes pages préférées sur le plan de la construction graphique : six colonnes verticales renforcées par les liens qui strient la page, grande diagonale oblique de la nacelle, taches de couleurs qui apparaissent et s'éparpillent, les bulles de texte venant compléter la composition, vraiment du grand art !  

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délégation de canopéens en transit qui vont terraformer des planètes :), le vent de folie se lève sur le centre de jonction et la couleur embrasent peu à peu les arbres, ces alternances couleurs vives / couleurs atones sont vraiment bien utilisées, sans abus et avec pertinence

bonne lecture !

Publié dans monde européen

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