Il pleut. Peyraud

Publié le par Paul B.

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Peyraud met en scène dans ses dernières séries des trentenaires dans un monde quotidien finement décrit. Il retrouve quelques héros de la série premières chaleurs dans les nouvelles qui composent "Il pleut" ; histoires d'amour, rencontres, réunies sous la pluie. Fraîcheur, une certaine mélancolie retenue, jeu binaire ou ternaire des couleurs (gris/ bleu, rouge/marron), envahissent les pages qu'on lit avec plaisir. 

Pour accompagner la chute de la pluie, le poème de Francis ponge extrait du parti pris des choses s'impose, et une petite lecture sur cet article autour de la pluie au Japon de mon autre blog est peut-être un bon prolongement.

La pluie
 

La pluie, dans la cour où je la regarde tomber, descend à des allures très diverses. Au centre c’est un fin rideau (ou réseau) discontinu, une chute implacable mais relativement lente de gouttes probablement assez légères, une précipitation sempiternelle sans vigueur, une fraction intense du météore pur. A peu de distance des murs de droite et de gauche tombent avec plus de bruit des gouttes plus lourdes, individuées. Ici elles semblent de la grosseur d’un grain de blé, là d’un pois, ailleurs presque d’une bille. Sur des tringles, sur les accoudoirs de la fenêtre la pluie court horizontalement tandis que sur la face inférieure des mêmes obstacles elle se suspend en berlingots convexes. Selon la surface entière d’un petit toit de zinc que le regard surplombe elle ruisselle en nappe très mince, moirée à cause de courants très variés par les imperceptibles ondulations et bosses de la couverture. De la gouttière attenante où elle coule avec la contention d’un ruisseau creux sans grande pente, elle choit tout à coup en un filet parfaitement vertical, assez grossièrement tressé, jusqu’au sol où elle se brise et rejaillit en aiguillettes brillantes. 

Chacune de ses formes a une allure particulière, y répond un bruit particulier. Le tout vit avec intensité comme un mécanisme compliqué, aussi précis que hasardeux, comme une horlogerie dont le ressort est la pesanteur d’une masse donnée de vapeur en précipitation. 

La sonnerie au sol des filets verticaux, le glou-glou des gouttières, les minuscules coups de gong se multiplient et résonnent à la fois en concert sans monotonie, non sans délicatesse.
 

Lorsque le ressort s’est détendu, certains rouages quelques temps continuent à fonctionner, de plus en plus ralentis, puis toute la machinerie s’arrête. Alors le soleil reparaît tout s’efface bientôt, le brillant appareil s’évapore : il a plu.
 

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Publié dans monde européen

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