L'âme du Kyudo. Hirata Hiroshi.

Publié le par Paul B.

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kyudo = "voie de l'arc", l'âme du Kyudo est un gegika (""manga réaliste"") publié dans les années 70

L'histoire se déroule au XVIIème siècle sous le règne des Tokugawa dans un japon relativement calme au niveau guerrier, alors il faut bien occuper les samourais, et notamment avec l'épreuve du Toshiya qui met tout le talent de l'archer à l'épreuve. Et ce qui était un simple divertissement d'un seigneur une après-midi de printemps, devient, par rivalité entre fiefs, un enjeu de toute importance où des sommes sont englouties, où on asservit terriblement les serfs pour permettre à quelques nobles d'envoyer des flèches, des centaines de flèches le long d'une galerie, celle du sanjusangendo à Kyôto. 

L'épreuve est délicate puisqu'il s'agit de faire parcourir aux flèches une distance de 120m sans qu'elles ne s'écrasent sur le corridor, ni s'empalent dans le toit. Non pas une flèche, ou quelques unes, mais le plus possible en une journée entière. Et rapidement les records s'entassent, augmentent, dans un délire de plus en plus manifeste 50, 100, 300, 500, 1000, 4000, 8000 flèches. Autour de cette épreuve vienne bientôt s'amonceler les morts, accidents, seppuku pour l'honneur, etc, toute une extrême violence contenue ou libérée. 


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Et au cours de la lecture, l'héroïsme de l'exercice se mue en "stupidité" profonde et par extension toute la société d'alors apparaît comme une mécanique terrible, un jeu de pouvoir stéril ; et de la société du "moyen-âge" à celles des années 70 contemporaine à la publication de l'âme du Kyudo, il n'y a qu'un pas métaphorique qu'on est vite tenté de franchir allègrement.

La trajectoire du héros s'inscrit pleinement dans cet élégant échange de plans où l'héroïsme s'efface derrière la tragédie suintant peu à peu de toutes les pages : on pressent d'abord des hauts faits, une élévation sociale, une occasion unique pour lui, pour percevoir peu à peu l'absence de choix, la mécanique tragique à l'oeuvre derrière les décors, le vide profond. Un commentateur de l'oeuvre parle de "tragédie de la jeunesse".

Cette histoire forte est servie par un graphisme magnifique, notamment dans certaines scènes où l'extrême violence est figurée dans son immobilité la plus totale, s'inspirant sans doute de la statuaire bouddhique des gardiens (voir la photo de celui de Nikko) et donnant un effet de profondeur et de recul intense. On peut aussi remarquer la construction renversée de la dernière image que je reproduis ici et qui est à mon avis l'une des plus belles pages de l'album.

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Donc une oeuvre qui illustre bien toute la diversité et la richesse des "mangas" (je mets des " " parce que les spécialistes sont très pointilleux sur pleins de termes techniques qui me dépassent). En vrac, et avec ce que l'on peut lire traduit en français, on peut penser à ces quelques autres très belles oeuvres représentative de cette diversité : 

-Jiro Taniguchi : le journal de mon père, un ciel radieux, quartier lointain, le Gourmet solitaire, le temps de Botchan, le sommet des Dieux
-
Kenya Obha, tomonen
-Cornigule, Takashi Kurihara
-bien sûr Osamu Tezuka (les Oiseaux, Métropolis etc.)


dommage qu'en France on en est encore souvent à des idées sur le genre complétement erroné... 

 Je duplique cet article sur
mon site consacré au Japon. 

Publié dans monde japonais (manga)

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