Dimanche 27 septembre 2009

Le grand pouvoir du Chninkel - Rosinski et Van Hamme (1988) J'ai relu avec grand plaisir ce "classique" (du moins il me semble ?) de Rosinski et Van Hamme. Tout est réuni pour en faire un grand "opéra" : pitch attractif, narration grandiose qui alterne lyrisme, héroïsme, humours et références malicieuses (la plus évidente étant la forme de U'n : 2001 l'odyssée de l'espace, ainsi que la métaphore au parcours de Jésus), situations cocasses et dénouement édifiant, le tout servit par un dessin qui fait profusion de trouvailles graphiques, abondance de détails, construction intéressante de l'espace des pages, orchestration autour d'un noir et blanc vibrant. A cela s'ajoute une galerie de personnages marquants : prophétesse tentaculaire, arbre de sagesse, triste coucou mécanique etc. Pour une BD de 1988, cela n'a perdu aucune force ! j'en verrais bien presque une adaptation en film d'animation (muais c'est pas forcément l'idée du siècle je sais), mais le Grand Pouvoir possède de multiples résonances qui en font un sacré bon bouquin qui m'avait déjà enthousiasmé enfant (sans que je comprenne 40% des allusions humoristiques, et encore moins les références à Jésus), et qui m'enthousiasme encore maintenant pour l'harmonie crée par le concours de chaque élément.





Par Paul B. - Publié dans : monde européen - Communauté : autour de la BD
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Dimanche 27 septembre 2009

Rides - Paco Roca (2007) ; Rides est une sympathique bd "douce amère" qui traite d'un sujet qui mériterait sans doute dans notre société une plus grande exposition : la vieillesse, plus précisément, le lent processus de déchéance physique et psychique, inévitable, inexorable. L'oeuvre se fonde sur une accumulation de témoignages récoltés par l'auteur qui permet de donner fondement et profondeur à la parole de Paco Roca que je suppose (sans savoir pquoi ! être encore assez jeune). Le ton est-il juste ? je connais encore peu l'univers des maisons de retraite et n'a pas encore été trop confronté à la souffrance des personnes âgés, je ne  peux donc pas juger mais il me semble que l'auteur frappe assez précisément dans le thème, sans une certaine franche cruauté / lucidité en ailleurs-plan qui donne à la bd un ton assez étrange. On suit le parcours (descendant) d'un ancien directeur de banque que ses enfants place en maison de retraite à cause de son alzheimer : la progression à travers les pages de la maladie est d'ailleurs profondément angoissant. Le héros est entouré de personnages sympathiques qui enrichissent le paysage (madame rose à côté de sa femme qui rêve au train d'Istanbul, l'ami du héros qui passe son temps à extorquer les personnes séniles etc.). Multiples sous-histoires, touches et nuances, dessinent une atmosphère sans concession fine et intéressante. Faites le détour !








Par Paul B. - Publié dans : monde européen - Communauté : autour de la BD
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Dimanche 27 septembre 2009

Maus - Art Spiegelman (1978 - 1991), Prix Pullitzer 1992. Je n'avais jamais lu Maus - malgré la pluie de récompenses, (prix pullitzer !), les éloges unanimes - sans doute par lâcheté d'affronter un sujet aussi complexe et terrible que l'Holocauste, ou Shoah, ou Extermination. Ou la volonté d'échapper un spectre que l'on ne cesse de nous agiter durant les études, qui plane lentement sur toute la civilisation occidentale depuis 60 ans. Bon ben la lecture de Maus m'a remis tout ces cauchemars bien en place ! 5 à 6 millions de morts (!!) (8% de survivants en pologne) - 800 000 dans les ghettos, 1 400 000 tués par balles, 2 900 000 dans les camps (dont 2 700 000 gazés)  ; éradication de la culture juive d'europe de l'est (80 à 90% des juifs de l'Est) ; la "participation" directe ou indirecte de quasiment toute l'Europe, la "passivité" "non réaction" des Alliés, du Vatican, des résistants. Sans parler des échos que cela a suscité : troubles psychiques des survivants (culpabilité du "rescapé"), sujet "tabou" jusqu'aux années 70, littérature / production artistique autour de la Shoah (jusqu'au récent Tarantino), négationismes divers et variés.

Comment Maus s'inscrit-il dans ce sujet si brûlant ? Spiegelman superpose deux trames : l'histoire de son père, allégorie du destin commun des juifs est-européens et une histoire plus personnelle, transposée dans le présent : les relations entre lui et son père, via le fantôme de sa mère qui s'est suicidée. Ou comment son père est resté marqué par l'évènement, et par boule de neige, comme son fils est aussi indirectement accablé par l'histoire. Sur le plan graphique, il a recours aux "masques" ou allégorie animale : les juifs sont représentés par des souris (l'allemagne hitlérienne les montrait sous des formes de rats), les polonais par des cochons, les français par des grenouilles, les allemands par des chats. Cette transposition est fondatrice de la narration et permet de nous projeter imméditament dans une sorte de "monde parallèle" qui évoque la réalité historique sans l'affronter directement : à la différence d'un film, qui présente une réalité, qui aussi réaliste soit-elle, n'est toujours qu'un décor à mille lieux de la vérité ; l'usage de symboles et de métaphores permet au contraire, à mon avis, de nous approcher par une voie détournée de cette sorte de "soleil noir brûlant" qu'est la Shoah. La métaphore des animaux est aussi proche des théories "nationalistes - racistes" des années 1900 - 1930 : chacun est rangé dans une petite case en fonction de son appartenance : l'Allemand, le Français, l'Anglais, le Noir (sans nationnalité précisée...), le Jaune, le Juif etc. Dans le monde de Maus, difficile d'échapper à comment l'on a été défini comme animal... même si les souris portent des masquent de cochons, elles sont rapidement découvertes. Tout ce jeu de masques est particulièrement intéressant et mériterait une analyse plus approfondie (pas le courage!).

Structurellement, la narration scinde la vie de Vladeck Spiegelman en deux parties : avant Auschwitz (jusque 1944 si je ne me trompe pas) : le piège qui se referme inexorablement, mais doucement, quoi que l'on fasse : les connaissances qui disparaissent les unes après les autres, dans un véritable jeu de chat - souris absolument cauchermardesques, où l'on ne doit la vie qu'à un jeu de hasard extraordinaire. Historiquement, le témoignage est très important : rôle des "conseils juifs", ghettos, rafles, cachettes (sous des tas de charbons, dans des greniers), protection chez l'habitant polonais (moyennement finances), marché noir. Puis vient le camp d'Auschwitz et la description d'un univers évidemment très similaire à "si j'étais un homme" de Primo Levi (que j'ai déjà lu) : les tris, privations, de nouveau le marché noir, "chacun pour soi", les baraquements, les travaux absurdes, les "marches de la mort" lors de l'évacuation, la libération, les nouveaux dangers (de très nombreux juifs de l'est furent tués par les polonais à leur retour dans leur pays natal, quand ils ont réclamé la restitution de leurs biens volés). 

Le chef d'oeuvre naît de la superposition de l'épaisseur du témoignage historique, de l'usage des symboles et de la description humaine des relations entre le père et le fils ; de cet ensemble dense et cohérent qui restitue ce passage historique si dur.








Par Paul B. - Publié dans : monde américain - Communauté : autour de la BD
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Dimanche 27 septembre 2009
L'orchestre des doigts - Osamu Yamamoto (t.1) (1991) Encore une fois je ne peux qu'apprécier l'effet de résonance du "top bd des blogueurs" de Yaneck : l'orchestre des doigts est encore une lecture découverte en lisant le classement (comme Rides et Maus, chroniques à venir). On entre donc dans l'univers d'une école au Japon pour les élèves sourds et aveugles à travers le regard d'un nouveau professeur, qui comme nous, à beaucoup à découvrir sur ces univers où la sensibilité est réglée de manière complètement différente. Le premier tome se concentre autour du destin d'un petit garçon sourd rejeté par sa famille et très violent. Le héros du manga réussira à faire changer son comportement (classique certes mais le tout est suffisamment traité avec finesse). La lecture de ce manga est culturellement enrichissante : je n'aurais jamais imaginé que le langage des signes ait du mal à s'imposer comme une évidence au Japon (et dans les anciens temps) ! cela a longtemps été rejeté, de même que les enfants handicapés l'étaient aussi par leurs familles. La violence du silence / de l'enfant est particulièrement bien rendue au sein de certaines pages très fortes et d'ailleurs difficiles à lire. J'espère pouvoir trouver la suite !



Par Paul B. - Publié dans : monde japonais (manga) - Communauté : autour de la BD
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Dimanche 27 septembre 2009

L'accablante apathie des dimanches à rosbif - Sébastien Vassant et Gilles Larher (2008) Je ne me rappelle plus si l'on a bcp, ou au contraire trop peu, parlé de "l'accablante apathie des dimanches à rosbifs" (titre très raccoleur). La bd vaut le détour pour un certain nombre d'éléments. Le thème de départ est risqué, "manque" d'originalité : l'histoire d'un homme qui sait qu'il va mourir (maladie) et prépare sa fin, sa sortie de scène. Bon, ce genre de thème ca me ferait plutôt fuir, compte tenu de la difficulté de traiter d'un sujet si difficile, et en même temps si "banal". Vassant et Larher s'en sorte très très honorablement grâce au contexte : le personnage principal est un comique professionnel, adepte du one-man show, trentenaire (?), sans trop d'histoires, attachant mais pas trop ; entouré d'une galerie de proches savoureux (la psy, la manager, l'ami jipé, les parents etc.). La lutte contre la maladie n'est pas la question (d'ailleurs de lutte il n'y en a pas), mais plutôt l'acceptation du fait, la manière d'en parler à ses proches, et comment sauver la face, si je puis, en plannifiant au mieux la fin (les termes sont durs, mais le personnage principal théatralise ses dernières semaines pour résoudre ses conflits intérieurs). Le tout est servi par un nombre conséquent de pages qui permet pleinement de développer l'histoire, un dessin délicat, sans pathos, réaliste ; une narration qui échappe aux écueils habituels ; une description psychologique assez poussée du personnage principal. De solides éléments donc.



Par Paul B. - Publié dans : monde européen - Communauté : autour de la BD
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