Samedi 25 avril 2009

Valérian et Laureline, anciennement Valérian, agent spatiol-temporel est une des grandes séries françaises, publiée à partir de 1970 en France et dont  le dernier album est sorti en 2007. Grande série par son longévité et sa cohérence-évolution : les personnages ont su s'adapter aux années 70, 80, 90 et 2000 tout en gardant leurs essences propres. La série se base sur un couple, ce qui lui a toujours donné un dynamisme dont les auteurs ont su tirer parti. Les histoires se jouent dans l'espace-temps (voyage dans l'espace, voyage dans le temps).

Une des grandes originalités de l'oeuvre de Mézières et Christin, c'est d'avoir su tirer parti d'un simple problème scénaristique : les premiers tomes (début des années 70) évoquent une apocalypse nucléaire programmée pour 1986 (était-ce pour le 26 avril 2986 -Tchernobyl- ?!), suite à laquelle l'humanité se serait reconstruite dans une étrange civilisation technocrate, Galaxity, où une escouade d'agent spatio-temporel s'assurerait de veiller à corriger les problèmes de l'espace-temps, veillant sur une "masse de moutons rêveurs" (cf le tome 0 les Mauvais rêves" ) : les citoyens de cette utopie quasi oppressante, restant oisifis et plongés dans des machines à rêves. Le futur des années 70 ? le mariage explosif entre courant hippy et technocratie ?  Les albums prennent d'ailleurs très vite le parti de fuir cette société, et mis à part quelques pages du tome 0, et les introductions / fins des albums suivants, l'espace étrange et folklorique sera le terrain de jeux de nos héros.


Seul hic, voici nos comparses, et le succès de la série, qui les propulsent peu à peu vers la date fatidique de 1986. La solution, drastique, et, à mon avis, à haute portée symbolique, je dirais même "jamais tentée avant", est simple : dynamiter le futur, dynamiter l'existence même des personnages : à partir de "Métro Châtelet Direction Cassiopée"  (1980) jusqu'aux "Foudres d'Hypsis" (1985), soit à mi-série par rapport à aujourd'hui, valérian et laureline empêchent "l'apocalypse", place l'univers sur une autre spire temporelle (dirais Yoko Tsuno...), et annhilie du coup leur propre futur (ou leur vrai présent c'est à voir...) : galaxity disparaît et l'existence de Valérian perd son sens (puisqu'il n'est plus né...), mais pas celle de Laureline, qui vient en fait du passé (le moyen-âge). OULA c'est compliqué ! Certes mais ce n'est pas fini...

Le futur a disparu. Et ce n'est pas simplement une pirouette scénaristique comme certain pourrait le penser, à mon avis c'est plus profond : cela correspond à la vraie "mort du futur" (no future) qui s'amorce dès les années 80 : le genre de la science-fiction décline (littéraire, cinématographique), à la place des mirages technologiques censés nous placer dans le bonheur automatisé, rêve ultime, voici la pollution, les crises, le progrès qui secrète son propre poison, et même beaucoup plus profond, l'absence collective d'espoir, d'espérances, en l'avenir. Qui aujourd'hui pense l'avenir ?Où est l'utopie ? l'utopie devient rétro-utopie : la science fiction se tourne vers le passé, les décors de Gattaca (film d'andrew niccols) renvoie aux années 60, ceux de Brazil  de Gilliam aux années 30  Dans les autres cas, l'utopie ressemble à un vieux rêve remâché, la maison domotique, c'est la maison Monsanto de Disney (1957) ; les rêves écologiques de Masdar ou consort, on a pensé beaucoup plus audacieux autour de Maymont, Yona Friedman, archigram ou les métabolistes japonais dans les années 60..

Galaxity n'avait déjà plus de sens en 1980, et boum, no future. Voici nos héros, de brillants agents d'une puissance technocratique, au stand de clodos intersidéraux : sans argent pour le vaisseau (!!!), sans passé ni avenirs, où même les mémoires électroniques des vaisseaux peinent à parler de Galaxity, et surtout sans buts et sans directions ultimes, contraints à survivre au jour le jour dans un monde cruel. Un peu comme chaque citoyens d'aujourd'hui ! Enfin sans buts, c'est un peu faux, Valérian se met en marche vers son paradis perdu, qui n'en était pourtant pas un, belle trame dramatique ! que va t'il trouver au bout de sa quête ? A t'elle bien un vrai sens ? peut-on retrouver aujourd'hui le futur ?

0. Les Mauvais Rêves (1968 - édition en 2000)
1. La Cité des Eaux Mouvantes (1970)
2. L'empire des Mille Planètes (1971)
3. Le Pays sans Etoiles  (1972)
4. Bienvenue sur Alfolol (1972)
5. Les Oiseaux du Maître (1973)
6. L'Ambassadeur des Ombres (1975)
7. Sur les Terres Truquées (1977)
8. Les Héros de l'Equinoxe (1978)
9. Métro Châtelet Direction Cassiopée (1980)
10. Brooklyn Station Terminus Cosmos (1981)
11. Les Spectres d'Inverloch (1984)
12. Les Foudres d'Hypsis (1985)
13. Sur les Frontières (1988)
14. Les Armes vivantes (1990)
15. Les cercles du Pouvoir  (1994)
16. Les Otages de l'Ultralum (1996)
17. L'Orphelin des Astres (1998)
18. Par des Temps Incertains (2001)
19. AU Bord du Grand Rien (2004)
20. L'Ordre des Pierres (2007)
21. L'Ouvre temps (?) (2009-2010 ?)

0. Les Mauvais Rêves (1968 - édition en 2000)
1. La Cité des Eaux Mouvantes (1970)






La série reste sceptique sur ce dernier point : car vous vous demandez peut être ce qu'est devenu notre avenir dans la série, sans apocalypse ni Galaxity. Eh bien, on ne le sait pas ! Il n'y a plus d'avenir à notre civilisation : tout ce que l'on peut dire, c'est ce qu'elle n'est pas dans le nouveau présent de Valérian et Laureline : elle n'est plus à Point Central, et personne n'a jamais entendu parler des terriens. Pourquoi nos héros n'ont-ils pas la curiosité de voir un peu ce qu'est devenue à la terre ? je crois qu'un des albums répond à la question en affirmant que les coordonnées de la planète elle-même ont disparu, et qu'ainsi ils ne peuvent s'y rendre. A voir ! Cela serait en un sens encore plus angoissant : n'aurions nous pas d'avenir ? Tout ce qu'il reste, c'est notre présent à nous (les années 90 et 2000) qui deviennent des décors de la série pour Sur les frontières (1988) ou par des temps incertains (2001). Le temps n'existe plus, seul existe un présent continu (ce genre de propos porte un nom !).

Tout cela pour dire que la série porte ainsi une grande "cohérence". Tout comme elle a ainsi pu s'adapter à tout avec une certaine acuité : les premiers tomes "critiquent" l'idéologie unique de l'occident triomphant, l'ambassadeur des ombres rappelle, en 1975, l'existence du monde multipolaire et multiculturelle ; bienvenue sur Alfolol (1972) oppose hippies et techocrate dans un duel loufoque non sans ambiguïtés des deux côtés. A partir des cercles du pouvoir (1994), le lecteur est plongé dans un monde chaotique, ou le pouvoir, l'autorité, Dieu, la direction, le destin, ce que l'on veut, a disparu (au sens littéral ! puisque le Pouvoir, sur rubanis, n'est plus qu'un hologramme statique portant un virus) ; au profit du "capitalisme" sans maîtres, débarrassé de ses références américaines primaires en un certain sens, mouvant, approprié par tous, reflet profond d'un monde discordant et polyphonique. C'est l'un des points les plus intéressants de la dernière phase de la série : l'otage de l'ultralum se plonge dans ce que l'on appelerait les pays du sud autour d'une chasse au pétrole sidérale, l'ultalum l'orphelin des astres (1998) pose, d'une certaine manière, la question de la forme à donner à l'éducation dans le monde post-guerre froide ; par des temps incertains (2001)  [un grand chef d'oeuvre!] montre le triomphe du capitalisme (puisque, et cela est gros mais passe, une sorte de satan cornu devient PDG d'une multinationale, le tout dans la bonne humeur, face à la concrétisation de la trinité : Dieu le père en mafioso ; Jesus en beatnik-hippy-altermondialiste ; et le Saint Esprit, la machine de casino, le tiroir-caisse !!! Puis avec "au bord du grand rien", nous voici entraîné peu à peu dans les sous-sols et bas fonds de la civilisation, à la frontière de l'inconnu, mais je dirais, au coeur même de notre civilisation : "le GRAND RIEN". Et je n'ai pas lu le dernier !

J'entends bcp de critiques négatives sur tous les derniers tomes, elles se concentrent sur les derniers parus, voire remonte jusque les spectres d'Inverloch (1984 !). Je trouve personnellement les critiques trop vives. Et les refrains "c'était mieux avant mais je continue à lire quand même pour voir si..." sont fatiguants ! autant arrêter tout bonnement de lire ! Je tiens à rappeler que les albums de Valérian et Laureline se sont rapidement partagés en deux catégories : les "fondamentaux" et les "transitionnels" (sans mettre en avant l'un ou l'autre type comme étant le mieux !) les fondamentaux offre de sacrés histoires, et sont des chefs d'oeuvres, les transitionnels font lien, chaque catégorie s'équilibrant. Je rangerais "l'ambassadeur des ombres", "métro châtelet direction cassiopé", "brooklyn terminus cosmos", "par des temps incertains", parmi les premiers par exemple ; et plus des titres comme "l'orphelin des astres", "au bord du grand rien" dans les seconds. Mais je crois qu'il faut arrêter de s'en prendre trop violemment à des albums isolés (le format réduit des albums A4 classiques n'arrangeant rien), mais plutôt envisager le tout dans une continuité assez convaincante. Chacun son avis !

2. L'empire des Mille Planètes (1971)



Il resterait notamment à étudier le pivot dynamique de la série : le couple Valérian-Laureline ! qui est aussi une des originalités majeures de la série. Si la série était censée être originellement centrée sur Valérian, Laureline apparaît dès le tome 0 et prend, à mon avis, immédiatement un rôle central en équilibre avec son contrepoint masculin. Les auteurs ont toujours su jouer avec brio de ce duo, alors que l'on sait que dès qu'on est en présence de plus d'un personnage, il est difficile de segmenter l'action, de ne pas faire de doublons, ni deux aventures séparées. Au contraire les auteurs savent faire naître un clivage malléable entre les deux. Je ne dirais pas que l'évolution de leur couple réflète l'évolution sociétale, d'emblée ils sont dans une grande "modernité" (dont on attend toujours la réalisation réelle...) : laureline est l'un des rares personnages féminins de la bd des années 80 dans un rôle réaliste, et non une extension fantasmatique.

Par contre, on pourrait commenter l'évolution du "rôle de l'homme", avec la disparition de Galaxity, c'est simultannément le personnage masculin "omniscient et tout puissant", le "héros totalitaire" qui s'évanouit : la série met en relief ce que l'on pourrait aussi caractériser par la crise de la masculinité, étrangement lié à la crise du futur : Valérian est parfois un héros dépassé par ce qui l'entoure, mais en même trouvant ainsi une dimension nouvelle et beaucoup plus humaine : cf l'extraordinaire prestation dans "les héros de l'équinoxe" (1978) où finalement, les autres héros, déshumanisés mais plus conventionnels avec tout leur pouvoir classiques, sont confrontés à un Valérian disposant d'un peu de technologie, et confronté à beaucoup d'ennuis ! Dans le dityptique "métro... et "brooklyn terminus...", c'est à un héros comateux à qui l'on a affaire, en phasage extra-galactique et problématique avec Laureline, et qui ne comprends pas où tout cela le mène. Dans les derniers albums, on a affaire avec un héros dépassé par ce qui l'entoure, qui reste "actif dans l'action" mais handicapé sur les autres terrains, de plus, on à affaire avec un héros au potentiel dramatique, puisque unique "survivant" de Galaxity (tiens d'ailleurs, valérian, en effaçant l'apocalypse de 1986, à déplacer l'apocalypse dans le futur d'une certaine manière, en effaçant sa civilisation). Rappelons qu'à l'oppposé, Laureline semble moins concerné par cette crise identitaire, puisque venant du passé. La série me semble donc poser aussi le problème de "l'identité masculine" à réinventer. 

3. Le Pays sans Etoiles  (1972)





Quelques mots sur le graphisme, comme toute la série il a su évoluer. Les premiers tomes sont pleins de sincérité graphique qui ira s'affirmant, et les couleurs sauront toujours donner le bon ton (excellent travail de la coloriste Evelyne Tran-Lé ) que se soient les couleurs "70" des premiers tomes, à l'actuel jeu de nuances qui correpond tellement à décrire notre époque. L'apparence des héros a aussi su évoluer avec bonheur. Le trait a su faire constamment preuve d'inventivité graphique dans le domaine des bâtiments, vaisseaux, créatures.

Dans ce même ordre d'idée, on peut aussi penser à la richesse des univers déployés. Les premiers tomes pourraient être rapprochés de StarWars (regardez la tenue de laureline ci-dessous), mais il faut rappeler que l'épisode 4 ne sort qu'en 1977 ! Tout comme StarWars, les univers les plus riches renvoient au folklore de pays sur les marges, où les lois sont vagabondes (cf Tatooine), où tout est "baroque". Dans Valérian, c'est à la fois les récents décors du Grand Rien, les bas-fonds de Rubanis, l'exotisme de l'empire des milles planètes etc. Et si les cercles du pouvoir ressemblent furieusement au cinquième élément, c'est que mézières et/ou christin (je ne sais plus) ont collaboré avec luc besson et ont mis au point le fameux taxi déglingué. La série semble avoir ainsi crée son propre genre, plus inspiré et complexe que l'heroic fantasy spatial de StarWars, mêlant un brin de science-fiction (complication temporelle, technocratie), pas mal d'heroic fantasy, mais le tout coloré d'humour / de thèses plus sombres et réalistes dans les derniers tomes.

4. Bienvenue sur Alfolol (1972)





5. Les Oiseaux du Maître (1973)
6. L'Ambassadeur des Ombres (1975)










7. Sur les Terres Truquées (1977)



8. Les Héros de l'Equinoxe (1978)



9. Métro Châtelet Direction Cassiopée (1980)




10. Brooklyn Station Terminus Cosmos (1981)





11. Les Spectres d'Inverloch (1984)



12. Les Foudres d'Hypsis (1985)
13. Sur les Frontières (1988)





14. Les Armes vivantes (1990)



15. Les cercles du Pouvoir  (1994)
16. Les Otages de l'Ultralum (1996)






17. L'Orphelin des Astres (1998)



18. Par des Temps Incertains (2001)
19. AU Bord du Grand Rien (2004)




20. L'Ordre des Pierres (2007)
21. L'Ouvre temps (?) (2009-2010 ?
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Par Paul B. - Publié dans : classiques - Communauté : autour de la BD
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Vendredi 24 avril 2009

Délicieuse chronique de la vie, cachant sous la simplicité du trait un regard mordant, presque acide, mettant à nu les petits figurations que chaque individu fait de lui-même. Et comme dans tout comédie de moeurs psychologiques, on évacue vite le psyschiatre, qui meurt, au début (un accident rassurons nous), tout comme dans Lantana (excellent film australien - le parallèle est un peu audacieux^^), la psychiastre disparaît aussi ; déclic étrange pour une bd - comme pour un film de faire disparaître celui qui est censé remettre en place les existences. Bonne lecture savoureuse !














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Lundi 4 août 2008


Une bd prise un peu par hasard suite à la lecture d'une bonne critique dessus. Ce n'est pas vraiment le style de bd que j'aime le plus spontannément a priori, mais on se laisse convaincre sur de nombreux points, et essentiellement par l'originalité dont elle fait preuve, tant sur le plan du scénario, un long rêve, déliceusement onirique et tanguant, racontant la "relation" entre un Toulouse-Lautrec réinventé et Darling, un cheval de course en fin de parcours ; tant sur le plan du graphisme, véritables peintures et tableaux soutenus par un découpage des pages intéressant, comme on en fait pas assez dirai-je pour ronchonner (pleine page, format en "étoile", en "bandeaux"), et une manière de dessiner les chevaux vraiment très réussie et pourtant je n'aime pas trop ces bêtes là normalement.













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Samedi 2 août 2008


Ruminations rassemble une petite vingtaine d'histoires courtes de Frederik Peeters (Pillules bleues, Lupus, Koma, RG, etc.) publiées dans diverses magazine (Atrabile...) entre 1997 environ et aujourd'hui. La tonalité est souvent sombre et noire et on retrouve avec plaisir le style graphique de Peeters et ses thèmes de prédilection. De très belles pages (ci-dessous), et des histoires que l'on préfère plus ou moins (j'aime bien celle avec le chien et le tapis, la victime, la mise en abyme de l'auteur).


le temps qui passe







l'isolement sur les parois verticales


la victime ,l'assassin, la fille de la victime, l'épouse de la victime, l'inspecteur :D


une mise en abyme qui ne déplairait sûrement pas à l'auteur du blog l'atelier du Schmoll
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Mercredi 30 juillet 2008


Paul Pope ne doit pas vous être inconnu si vous parcourez ce site depuis un certain temps, le revoici donc ! 100% vient de paraître dans le sillage d'autres traductions de cet auteur américain et plus précisément New-Yorkais d'adoption (en français, j'ai pu lire Escapo, One-trick ripoff, Heavy Liquid). 100% est assez proche de l'univers de Heavy Liquid, cela pourrait même être le même futur : bruyant, un peu glauque, sécuritaire, vers 2040, quelques gadgets technologiques en plus, mais très proche de notre présent finalement, un futur inquiétant où l'on vit quand même de toutes façons. Et justement, il est question de ça, de vie, d'existence. C'est "l'originalité", le coeur même de la bd : pas d'histoires d'anticipations, de menaces extrêmes, mais 6 destins, 3 couples, que l'on suit dans leur existence, fractures, rapprochements, humanités, 6 personnages saisis avec finesse par Paul Pope, maître du genre pour faire vivre des persos et leur donner à tous tant de profondeurs en les mêlant à et posant sur un arrière-plan d'univers de "futur glauque" très travaillé. Il y a bien un "déclenchement" fracassant : un meurtre d'une danseuse d'un club, au début, avec un plan d'ouverture anthologique de cadrage sur une jambe de cadavre, paf, la fragilité de l'existence en pleine poire, d'où découle, directement et indirectement; la nécessité pour les protagonistes, de vivre à 100%, et qu'importe la société autour, il y a toujours moyen de mettre en valeur ce que l'on aime, de protéger ce que l'on aime. On pourrait y voir un tel message, une nouvelle manière de survivre et une porte d'espoir, cela serait peut être poussé trop loin sur la bd en elle-même, mais pourquoi pas. En arrière-plan, quelques petites pointes sur la société américaine (et mondiale donc) : sécurité et police, armes à feu : elles sont interdites dans cet univers, mais l'une des persos principales veut s'en procurer une, et la tentation de s'en servir en situation de risque est aussi une scène d'anthologie avec l'arme qui apparaît en filigrane sous les vêtements. Pour finir finalement gentiment sous le lit bien à l'abri.







Nous voilà donc embarqué sur une histoire de destins croisés (menée avec brio), suivant des personnages qui ne se croiseront jamais tous ensemble, mais fonctionnant par paire ou trio, réuni toutefois sous le toit d'un "club" boîte de nuit à différents tiroirs et étages : en bas les cuisines où John fait office de plongeur, la grande salle du bar-discothèque où se croisent John, Strel, Daisy , les loges et les bureaux, et par l'ascenceur-fauteil, on gagne le haut, le "saint des saints", où les danseuses (Daisy) officient leur strip-tease particulier. On ne verra jamais l'endroit vide et calme, mais toujours bondé de monde et de sons, d'une foule compacte, délirante, et surexcitée. Où la grande salle est dominée par une catwoman géante. Comme un symbole d'une image réduite du monde entier et de la société. Le scénario ne se perd pas un instant et enchaîne bonnes idées sur scènes d'anthologies : présence policière arbitraire qui zizague dans le ciel sur des aéronefs, bloquant des quartiers, sans que l'on comprenne pourquoi, milieux d'artistes un peu déglingués, l'oeuvre d'art formé de dizaines de bouilloire qui sifflent en harmonie un do surpuissant, scène des oeufs et de la tête, scène de Tristan et Iseult dans un "4D" (réalité virtuelle) (cette séquence là, vous verrez, c'est grandiose), la négociation pour le flingue (voir photo) (les armes à feu sont d'ailleurs interdites maintenant aux USA), le restau jap etc. etc. Vous verrez :D ! Et surtout, le pire, le mieux ? : ce fameux strip-tease "particulier", total ? : dans une société où l'on veut tout voir, ils ont poussé le voyeurisme à l'exhibition totale, des capteurs, une sorte de filet, rentrent un peu partout, pour projeter dans des halos holographiques, l'intérieur même des danseuses qui évoluent dans leur cube de verre, intestins, coeur, circulation intraveineuse, poumons, débit sanguin, influx nerveux. Gore. Bien vu : tout voir pour ne rien voir, tout dénuder pour finalement ne rien posséder.



les deux histoires de Tristan et Iseult : culte


négociations... :), je ne sais pas si l'on est aux Etats Unis, mais le Che sur les billets, je trouve ca savoureux.



Sur le plan graphique, on retrouve avec plaisir le trait nerveux, un noir et blanc discret, qu'on croirait coloré, sauf dans certaines scènes où le contraste augmente avec beauté, la déformation légère des persos, l'aspect très "sonore", violence sonore de la société : onomatopées (voir par exemple la dernière illustration du post), présence de la musique (écouteur, son de la discothèque), mais, étrangement, ce son, ce bruit de fond, n'est pas un brouillage, une perturbation : les personnages se parlent, toujours, s'écoutent toujours, s'entendent, même dans le brouhaha du club, la folie de la foule, même quand des parois insonorisées les sépare (voir illustrations) : en usant papier crayon et écran. Sur les protagonistes aussi : qu'est-ce qu'ils sont "attachants", du moins si réels et consistants. Et puis, comme dans ses autres bds, Paul Pope a l'art de mettre en place des personnages féminins, indépendantes et courageuses, on dirait "femmes modernes", des persos comme on aimerait en voir plus dans toutes les bds et ailleurs.


au sol : les bouilloires dans le silo qui sifflent sur un même do : contradiction avec les mécènes de l'artiste, qui veulent que pour symboliser le fracas de la société, chaque théière soit dissonante avec sa voisine : l'artiste maintient sa volonté d'une harmonie, finie les bourses de mécénat.


Paul Pope sur bulles graphiques
       post sur
son blog
       post sur Escapo
       post sur Heavy Liquid

sur le net :
        blog de
paul pope

Petite remarque : j'ai mis un lien Kroniks, un "nouveau" site de critiques bds ouvert depuis environ deux mois, chaque bd critiquée est choisie avec pertinence et la critique faite toujours très bien, allez donc voir :D d'ailleurs il y a un compte rendu récent du Roi des Mouches, une bd pas trop trop connue de Mezzo et Pirus mais qui est un grand chef d'oeuvre (à mon avis) :D donc, ils ont bon goût :D


graphisme :D !
Par Paul B. - Publié dans : monde américain - Communauté : autour de la BD
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